Déclaration du réalisateur

Le Grand Sault s’inspire librement d’une légende orale intitulée La Dame Blanche de Montmorency qui appartient au folklore de la région de Québec depuis plus de 200 ans. Elle met en scène Mathilde Robin, fiancée de Louis Tessier, jeune et vaillant travailleur de la terre. Voici un résumé de leur histoire.

Après les durs travaux du jour, les amoureux se donnaient régulièrement rendez-vous près de la chute Montmorency et discutaient de leurs mille et un projets d’avenir, dont celui d’unir leur destinée à la fin de l’été. Mathilde se gardait invariablement de décrire à Louis la robe blanche qu’elle avait confectionnée pour le grand jour. Un matin de juillet, alors que l’attaque anglaise était imminente, le jeune Louis se porta volontaire pour prendre les armes et contribuer à la défense du bien commun. Son destin lui fut ravi lors de la bataille de Montmorency de 1759 et, à la suite d’une attente langoureuse de quelques jours, Mathilde retrouva son corps inanimé. Désespérée, on dit qu’elle mit un terme à sa propre vie en se jetant du haut de la chute Montmorency, vêtue de sa robe de mariée. Les habitants de l’Île d’Orléans racontent que, depuis ce jour, ils aperçoivent, les soirs d’automne sans lune, une jeune femme tout de blanc vêtue qui erre au pied du précipice.

L’objet de ma fascination à l’égard de ce récit traditionnel découle non seulement du fait qu’il s’inspire d’événements historiques, mais encore qu’il s’intéresse, dans une perspective éminemment intime, aux grandes conséquences des entreprises militaires. À partir des germes de cette légende orale du XVIIIe siècle, j’ai souhaité faire naître un récit contemporain qui reprend les mêmes thématiques, soulignant ainsi, par le biais de cette transposition dans le temps, le caractère immuable des sentiments qui y sont véhiculés. En d’autres termes, je suis d’avis que c’est en réinscrivant ces événements dans un contexte moderne que l’image de la dame blanche devenait doublement signifiante, car la douleur sans âge de Mathilde Robin continue toujours à hanter les consciences de notre temps. Son histoire est le poème des grandes victimes de la guerre, celles qui ont tout perdu lors de conflits dont ils n’étaient pas responsables. Dans cet esprit, la rencontre des deux époques s’avérait nécessaire. Elle laissait déjà entrevoir la possibilité d’approfondir les sensations, la morale et les mœurs qui, depuis l’aube de nos grands conflits militaires, auraient pu se renouveler, s’oublier, voire se dissimuler sous d’autres visages. Cela, en faisant revivre au passage une part de notre patrimoine féerique, fascinant, qui n’est après tout qu’une suite ininterrompue d’un mélange de sacré et de divin, de superstitions et de légendes.